Les Kanndi : une particularité du Léon 

Dans le Léon, au nord du Finistère, le lin était blanchi en écheveaux de fil, alors que partout en Bretagne et ailleurs, on blanchissait la toile. Cette particularité s'est traduite par la construction d'édifices spécifiques : les « maisons buandières » ou kanndi en breton (de kanna, blanchir, et ti, maison).

Ces buanderies ont été édifiées dans la campagne par les paysans qui s'affairaient aux diverses étapes nécessaires pour passer de la graine de lin à la toile. Leur propriété était souvent commune à plusieurs familles. Leur implantation est proche d'un ruisseau ou d'une source. Environ 350 « kanndi » ont été dénombrés sur le territoire du Pays de Landerneau-Daoulas (22 communes) et 50 à 60 retrouvés. Ils constituent un riche patrimoine dont l'état de conservation est très variable. 


Architecture des kanndi

Un kanndi se présente sous la forme d'une petite bâtisse, couverte de chaume ou d'ardoises, de plan rectangulaire (4 à 5 mètres de large et 4 à 13 mètres de longueur). Les matériaux utilisés sont locaux : schiste à Saint-Urbain et au Tréhou, granite à Plouédern et Ploudriry, suivant l'environnement. Des pierres de taille peuvent être employées pour les encadrements d'ouvertures. À l'intérieur le sol est dallé ou pavé.

Le bâtiment comporte un bassin (aussi appelé « douet ») ceint de dalles de schiste monolithes, même si la construction est en granite. Située le long d'un pignon, il est alimenté en eau courante par un ruisseau qui le traverse : il servait à rincer le fil après le blanchiment. Deux à trois dalles de schiste sont placées en travers du bassin et servaient à égoutter les écheveaux.

Une cheminée ou un simple âtre permettait de chauffer l'eau indispensable au blanchiment du lin, tout en apportant un peu de chaleur.

Une cuve en granite, d'un diamètre extérieur de 130 à 150 cm et de 160 cm de haut, est constituée de deux parties : un anneau surmontant une partie basse munie d'un fond et d'une bonde. Chaque partie est monolithe ; l'étanchéité est assurée par un joint de chaux. Parfois la cuve est en bois, composée de douelles de sapin (qui produit peu de tanin colorant) cerclées de fer et posées sur un disque de pierre. Les écheveaux de fil étaient placés dans la cuve avec de la cendre de hêtre aux propriétés saponifiantes. Un escabeau de bois, ou parfois un marche-pied taillé dans la cuve permettait la manutention des écheveaux. La cuve repose sur une petite auge de pierre servant à la vidange.

Après le blanchiment dans la cuve et l'essorage, le blanchiment puis le séchage se faisaient par l'étendage des écheveaux de lin sur la parcelle attenante au kanndi.

Inventaire

Lorsque le travail du lin a disparu des campagnes, certains kanndi ont été réutilisés comme lavoirs mais l'apparition des machines à laver a entraîné par leur abandon et, peu à peu, leur oubli.

Si l'inventaire des kanndi du Pays de Landerneau-Daoulas a été mené de façon exhaustive par les membres de l'association Dourdon, ce travail reste à poursuivre sur les territoires voisins. Les limites de cette « blanchisserie éclatée » ne sont en effet pas connues précisément, sauf dans la partie orientale ou elle coïncide avec la limite Léon-Trégor. Cette blanchisserie semble correspondre à la zone de production des crées.

Certains kanndi ont fait l'objet de travaux de restauration (à Saint-Thégonnec ou Commana) et d'une valorisation. Un projet de restauration et de mise en valeur de trois d'entre eux est actuellement à l'étude sur le territoire du Pays de Landerneau-Daoulas.

Pour en savoir plus

  • Andrée Le Gall-Sanquer, « Maisons buandières, particularisme du Léon », Du lin à la toile. La proto-industrie textile en Bretagne, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2008, p. 189-196.
  • L'or bleu. An aour glaz, Landerneau, association Dourdon, 2005, p. 25-44.
  • Guide de restauration des "kanndi".