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Les crées - Patrimoine et histoire sur Lin & Chanvre en Bretagne

Les crées

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Du XVIe au XVIIIe siècles, la Bretagne cultive le lin sur la bande côtière aux terres riches du nord de la région. Celles fabriquées dans la partie Est du Haut Léon, exportées par les ports de Landerneau et Morlaix sont appelées crées, du nom breton de « krez » qui signifie chemise.

Le crées

Le lin utilisé pour leur tissage est semé dans la « ceinture dorée » aux terres limoneuses du nord du territoire, à partir de graines débarquées au port de Roscoff, en provenance de Riga dans la Baltique. Le fil de lin utilisé doit être de qualité irréprochable, tant en blancheur qu'en grosseur. En Léon il est blanchi en écheveau dans les cuves des kanndi avec de la charrée ou cendre de hêtre.

Le tissage de ces toiles demande une attention et un soin particuliers. L’Encyclopédie méthodique Manufactures et Arts de Panckoucke précise qu'« un habile ouvrier fait une pièce par semaine et gagne 7 à 8 livres. » D’après Jean Tanguy, les premiers règlements de 1452 et  de 1547 leur donnait une longueur constante de 100 aunes (aunes de Morlaix équivalent à 1,22 mètres). Celui du 7 février 1736, avec 53 articles, donne le cadre précis et exigeant de leur fabrication mais aussi la qualité du fil, de contrôle et fraude, d’emballage, etc. Dès le premier article le ton est donné :

« La chaine et la trame des toiles appelées crées tant larges qu’ente larges et étroites et de celles appelées enveloppes qui se fabriquent à Morlaix et Landerneau et aux environs seront composées de fil de lin parfaitement blanchi et à fleur sans aucun mélange de fil de chanvre, d’étoupe, de réparons et seront faites de fil d’égale blancheur sans qu’il puisse être employés aucuns fils gâtés, rouillés ou boiseux le tout à peine de confiscation des dites toiles, lesquelles seront coupées de deux aunes en deux aunes et de 50 livres d’amende pour chaque pièce. »

Reconstitution de toile crées

"Reconstitution de toile créée par l'atelier Aux fils de l'Arz"

 

L’étude de différentes sources au XVIIIe siècle permet d’évaluer la longueur des crées à 5 aunes, soit presque 6,10 mètres. Quatre catégories de crées sont définies par le nombre de fils de chaines et leur largeur. Les crées larges, de trois quarts d’aunes (de Paris, soit 0,89 mètres) sont les plus élevées en qualité, suivent les « entre-larges », de deux tiers d’aunes. Viennent ensuite les crées dites « étroites », d’une demi-aune de laize, qui comprennent les rosconnes et les graciennes. Les crées enveloppe, de même largeur que les dernières, servent comme l’indique leur nom à envelopper les crées pour l’exportation.

Une fois pliées, les toiles sont contrôlées aux bureaux des marques de Landerneau et Morlaix. « Le sceau qu’on y applique pour marque de leur bonne fabrication, porte ces mots, creas nuevas » nous précise l’Encyclopédie de Panckoucke.

Marque de toile

 

Le bureau des toiles, ouvert les mardi, vendredi et samedi matin de huit heures à midi, est tenu par un commis, préposé à la marque, aidé d’un homme de peine. Deux inspecteurs-marchands, choisis parmi les marchands négociants de la ville, assurent le contrôle.

Très tôt, dès le XVe siècle, les crées prennent la destination de l’Angleterre, l’Espagne et l’Amérique espagnole par Séville. Dans la seconde moitié du XVIIIe le déclin des ventes sur le marché espagnol, où les toiles étrangères leur font concurrence, incite les fabricants à se tourner vers des productions destinées au marché local et colonial.

L’essai de mécanisation par la Société linière du Finistère ne permet pas à la manufacture de concurrencer l’arrivée du coton dans un contexte économique défavorable.